Tendre l’oreille


ECRITURE / dimanche, mars 11th, 2018
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Lors d’une consultation, j’ai rencontré une jeune fille, encore une enfant à mes yeux. Elle était là, amenée par sa maman.  Cette maman inquiète qui trouvait le visage de son enfant triste ; si triste pour une si belle enfant.

D’un Français pas tout à fait assuré, elle nous raconte avec ces mots d’enfant son histoire : ces cauchemars qui la hantent où elle voit deux hommes lui faire du mal. Elle ne sait pas si elle cauchemarde, ou si elle a bien vécu cette situation. Elle est perdue et totalement déstabilisée. Elle nous dévoile ce qui chamboule son cœur de jeune fille.

C’est déstabilisant, je ne suis pas « habituée » . Cette fois-ci, aucun moyen de se cacher derrière un échographe, un monitoring ou je ne sais quelle étrange machine. Pas moyen de se protéger derrière des termes techniques et des résultats d’examens biologiques. Aucune ordonnance a rédiger, aucun geste à effectuer. Juste tendre l’oreille.

Nous étions là, dans ce box ensoleillé, à écouter cette fillette pleurer.

J’avais l’impression de n’être pas à ma place, de ne pas pouvoir l’aider. Je me sentais nulle, IMPUISSANTE, et dans le fond, totalement inutile. Nous ne pouvions « rien » faire pour elle…
Et j’entendais, de l’autre côté de la porte, cette maman si inquiète, faire les cent pas.

Après l’avoir écouté du mieux que nous le pouvions, après lui avoir pris rendez-vous avec un confrère, elle murmure un “Merci”.
Puis, elle s’est levée, nous a fait un énorme bisou, et m’a serré dans ses bras.
Le genre d’accolade que tu fais à ta grande sœur quand elle te rapporte les pains aux chocolat pour le goûter après une dure journée d’école, sans que tu n’aies rien demandé…

De sa douce voix, elle nous dit : “Merci, de m’avoir écouté, merci de m’avoir laissé parler.” Elle ferma la porte, et retrouva sa maman.

Je ne connaîtrai jamais la fin de l’histoire… Pour autant, ces mots de fillettes ont raisonné telle une piqûre de rappel : NON, nous n’avions pas été inutiles. Absolument pas. Nous avions su nous taire et écouter.

Ecouter c’est déjà aider…

* J’étais accompagnée d’une sage-femme diplômée, d’où le “nous”.

Géraldine_

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