Première Année


FILMS, PACES / dimanche, septembre 16th, 2018
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Cette semaine, le film « Première année » de Thomas Lilti est sorti sur les écrans. J’ai eu l’opportunité de le voir en avant-première, (garce à “La séance secrète”, que je remercie !) il y a de ça trois semaines. Ce film c’est le genre de film que je rêvais de voir un jour sur les écrans de la France entière, mais dont je me disais que jamais il n’existerait. Un film sur la première année de médecine, la fameuse PACES, quelle idée ! Pourtant Thomas Lilti l’a fait, et quelle belle idée !
Ce film, ce veut dénonciateur, avec justesse et romance, dans un contexte politique où on parle de réformes. Et qui peut mieux dénoncer, que ceux qui l’on vécu ?

Le Synopsis
« Antoine entame sa première année de médecine pour la troisième fois. Benjamin arrive directement du lycée, mais il réalise rapidement que cette année ne sera pas une promenade de santé. Dans un environnement compétitif violent, avec des journées de cours ardues et des nuits dédiées aux révisions plutôt qu’à la fête, les deux étudiants devront s’acharner et trouver un juste équilibre entre les épreuves d’aujourd’hui et les espérances de demain. » – AlloCiné

« 3 heures pour répondre à 72 questions avec 5 réponses au choix. Ça fait environ 2 minutes par question, donc à ce rythme là c’est impossible de réfléchir. Soit on répond par réflexe reptilien, soit au hasard. Donc je pense que les meilleurs, enfin ceux qui deviendront médecins se rapprochent plus du reptile que de l’être humain… »

Pourquoi j’ai aimé ce film ? 
J’ai ri, j’ai vibré, j’ai eu le nœud à la gorge : ce film j’aurais pu l’écrire ! Ecrire ce scénario qui ne parle ni de trafiquants de drogue, ni d’armes, mais bien de nous ! De nous étudiants qui en avons « bavé comme des rageux » pour obtenir ce graal qu’est le ticket d’entrée en 2ème année d’étude de santé. De nous qui avions 18 ans, le bac en poche et l’espoir de réussir, arrivant dans un système machiavélique nous faisant perdre tout notre naïveté !
Ce film m’a ramené 6 ans en arrière :
Lors de la rentrée ou les redoublants, (« les carrés » pour les intimes) tapaient sur les tables en criant : « Tout par cœur, même les couleurs ».
Lors du premier concours blanc, où j’étais tombée de haut à la vue d’un classement à 3 chiffres
Les fiches plastifiées dans la salle de bain, et les post-it sur les murs de ma chambre.
Les repas de famille que je manquais et les dimanches entiers à réviser.
Les « pauses » maths ou embryologie, quand je n’en pouvais plus de bachoter
Marie, mon amie rencontrée en P1, mon bras droit, mon soutien, mon double, que j’ai jalousé l’espace d’une seconde car mieux classée que moi.
Les siestes de 15 minutes à la bibliothèque universitaire, les bras croisés sur l’atlas d’anatomie
Les repas mangés sur le pouce, pour ne pas perdre de temps à ne pas réviser.
La tisane que ma mère me ramenait à mon bureau avec amour à 22h30, alors que je révisais encore.
La vie sociale mise de côté, et les amis qu’on ne voit plus
La file d’attente devant les amphithéâtres, et la distribution des polycopiés où il fallait être dans les premiers…

« Être dans les premiers », c’est bien ce qui se passe dans notre tête, être meilleur que le meilleur. Ce film m’a fait revivre, la boule au ventre, le moment crucial du résultat final, ou parmi 2000 noms de famille, j’ai dû trouver le mien. Et comme si en 18 ans de ma vie, je n’étais plus sûr de mon nom, j’ai relu chacune des lettres le composant. Je n’ai jamais autant vérifié l’orthographe de mon nom de famille que ce jour de juin !

Copyright©Denis Manin – 31 juin Films

Vous l’aurez compris, ce film décrit le quotidien de “ceux qui y sont passés” presque à la manière d’un documentaire. Ce film axé sur une relation d’amitié, met en avant les injustices sociales, les relations familiales complexes. Et puis, ce film dénonce les aberrations d’un système éducatif déshumanisé et totalement contre-productif, où la sélection se fait sur le par-cœur et la force mental, où la compétition fait rage et où on se réjouit du malheur des autres ; « ça fera une place en plus » ! Le pire, c’est que je l’ai pensé moi aussi, prise dans la sphère infernale d’une compétition, où seul 20% sortent vainqueur.
Thomas Lilti dresse le portrait d’une jeunesse non représentée : celle qui travaille sans relâches, sans amours, sans loisirs, ni même ivresse et plaisir. D’une belle rencontre, fruit du hasard née une amitié et une entraide, pour arriver au bout de ce parcours du combattant. Et puis ce constat final, qu’au bout du chemin, de ce parcours semé d’embuches, il y a de l’espoir : bien que difficile, rien n’est impossible.

« Tu connais la différence entre un étudiant en médecine et un étudiant en prépa ? Demande leur d’apprendre le Bottin par cœur. L’étudiant en prépa te demandera ‘pourquoi ?’ et l’étudiant en médecine ‘pour quand ?’ »

Ce film je le conseil à ? 
A toi aussi, qui est passé par la PACES, que tu aies réussi ou non. Ce film m’a permis de prendre du recul sur ce que j’avais vécu, sur ce système ingrat qui m’a fait perdre confiance par moment. Et puis regarder en arrière, c’est aussi se dire que l’on peut etre fière de soi et du chemin parcouru !

A vous parents, grands-parents, frère, sœur, conjoint, qui avaient soutenus sans trop comprendre, mais en faisant de votre mieux, celui qui pendant un an (voir deux, trois ans) a donné corps et âme à ce concours si cruel

A vous qui me lisez, qui ne connaissait rien à ce milieu, afin de connaitre notre parcours, et les difficultés rencontrées.

Remarques : j’ai axé cet article sur le thème de la première année de médecine, abordant futilement d’autres thèmes présents dans ce film : la souffrance étudiante, les injustices de classes sociales, et les rapports familiaux complexes.

 

 

 

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